Scavini au banc d’essai

01 Mise en page _ Mise en pageBien connu des internautes pour son blog Stiff collar, qui offre un exemple rare et très réussi de vulgarisation, et des téléspectateurs pour ses apparitions dans l’émission Cousu main, diffusée par M6, Julien Scavini est un (relativement) nouveau venu sur la scène du vêtement masculin à Paris. Reconverti à la couture en 2008 après des études d’architecture, le jeune homme est souriant, ses yeux pétillent et il s’exprime avec la voix et les intonations de Claude Rich dans ces films des années 1960 où l’acteur incarnait souvent une caricature de fils de bonne famille.

Les finitions sont à la hauteur des attentes.
Les finitions sont à la hauteur des attentes.

Il y a quelques mois, j’ai franchi le seuil de la petite boutique du boulevard de La Tour-Maubourg, à un jet de pelote de l’Hôtel des Invalides, pour passer commande d’un pantalon de flanelle grise et d’un blazer bleu. Rien de très original dans ce choix de vêtements, mais sa banalité même facilite les comparaisons avec la production de la concurrence. Je partage ici un retour d’expérience, après avoir porté ces vêtements quelques mois, assez longtemps pour commencer d’en éprouver le confort, la résistance et la bonne tenue.

 

Il convient tout d’abord de rappeler ici que le travail en demi-mesure reste plus proche du prêt-à-porter que de la grande mesure. Il ne s’agit donc nullement de comparer le travail de Scavini à celui de mon tailleur habituel (pardon pour cette infidélité). Cette limite étant posée, on peut tenter de partager un retour d’expérience.

Le veston est entoilé, les revers roulent joliment.
Le veston est entoilé, les revers roulent joliment.

Au commencement était le tissu (je retouche de mémoire l’Evangile selon Saint-Jean). Les tissus, au 50 du Boulevard de La Tour-Maubourg, proviennent des meilleurs drapiers. On voit ici beaucoup de liasses d’échantillons des maisons Holland and Sherry ou Drapers, et dans une moindre mesure Vitale Barberis, Gorina, Loro Piana, Minnis, voire Dormeuil. Je n’ai pas beaucoup creusé, mais il y a de quoi faire. J’ai choisi une flanelle gris moyen pour le pantalon, une laine nattée, bleu nuit, pour la veste. Comme toujours, le tissu, vu en grand, présente un rendu différent de celui de l’échantillon. Le lecteur sait déjà tout cela.

L’offre de demi-mesure s’articule autour de deux fabrications. La fabrication italienne, encore mieux entoilée que la fabrication moldave, est aussi plus chère. Mais compte tenu de la grande qualité de l’une comme de l’autre, le choix devrait plutôt se fonder sur le tombé du gabarit essayé. A cette aune, j’ai d’ailleurs choisi la Moldavie. Voir Tiraspol et mourir…

La vitrine de Scavini dans la nuit de janvier.
La vitrine de Scavini dans la nuit de janvier.

Là-bas, l’atelier avec lequel Julien Scavini collabore est dirigé par un italien (certaines « grandes marques » italiennes s’y fournissent d’ailleurs également). La fabrication est de toute beauté, le style très actuel, les devants très arrondis très échancrés sous le bouton principal, les finitions machines sont de qualité, l’entoilage léger, le résultat souple et confortable, même dans une taille très ajustée.

Quelques défauts à mes yeux ? La poche ticket est trop longue. La hauteur des rabats pourrait avoir 3 ou 4 millimètres de plus, pour un client mesurant environ 1,80 m. De sorte que l’acheteur aura probablement intérêt à choisir des poches plaquées, si le style de sa commande s’y prête, ces dernières sont plus faciles à réussir (note au contrôleur de gestion : elles sont aussi plus rapides à réaliser) et risquent moins de nuire à la ligne du veston lorsqu’elles ne sont pas parfaitement dimensionnées. Enfin, le montage des têtes de manches manque un peu de personnalité.

A l’intérieur, les poches « poitrines » sont placées trop bas, à hauteur des côtes flottantes ; cette caractéristique commune à beaucoup de fabrications transalpines, et, nous le saurons, moldaves, nuit, là aussi, à la ligne du veston, pour peu qu’on fasse usage de ces poches. En ce qui me concerne, j’utilise de plus en plus, pour le rangement des portefeuille, téléphone et autres objets encombrants, les poches latérales extérieures du veston, quand ce ne sont pas les poches du pantalon, ce qui n’est possible que si la « jupe » du veston est généreuse, à la façon d’une hacking jacket.

Un splendide Prince de Galles, definitely vintage.
Un splendide Prince de Galles, definitely vintage.

La coupe du pantalon est aussi moderne que celle des vestes… A croire que les cuisses de nos contemporains ont fondu dans le réchauffement climatique ! Au début c’est inconfortable et inélégant, même avec des pinces, et on se demandera dans quelques années comment on a pu porter ça. Au surplus il est difficile de remplir les poches confortablement. Même si l’usage gomme ces premières impressions, il semble donc opportun d’essayer aussi des gabarits de pantalons à la commande, ce qui peut amener à sélectionner deux ou trois tailles au-dessus de ce que prévoient les mesures. Mais Julien Scavini m’assure que « c’est ce que veulent les jeunes ». Dont acte.

Quelques détails agacent, moins importants. Ainsi la braguette boutons, d’ailleurs trop courte, comporte-t-elle un trop grand nombre de boutons, il faut des doigts de fée pour la manipuler (le fabricant doit porter des fermetures éclairs, il n’aura pas testé son modèle de braguette boutons). La ceinture du pantalon, à l’arrière, est finie par une petite fourche, un moignon de fourche comme on en voit me semble-t-il sur les pantalons Hackett, héritage atrophié d’un passé révolu (quand l’arrière du pantalon remontait jusqu’au milieu du dos, systématiquement supporté par une paire de bretelles ), dénué de sens. Tout cela n’est pas bien grave, encore une fois.

 

Du côté des finitions, la milanaise est cousue par Julien Scavini himself, et j’en aime beaucoup la longueur modérée, discrète. Les amoureux de longues boutonnières à l’anglaise pourront toujours lui demander de prolonger le plaisir au revers de leur veston. C’est un détail, de toute façon. Mais il illustre la grande richesse des finitions possibles (doublure, mignonette, boutons à profusion).

La boutique-salon d’essayage est de dimension réduite, mais suffisante. En effet, les essayages se font sur rendez-vous, comme chez le médecin. Cela est contraignant, mais pourquoi pas ? Côté cour, une seconde pièce a été aménagée de façon très avenante à l’extrémité d’un étroit couloir le long duquel sont pendues des grappes de vestons sur leurs cintres, work in progress.

L’emballage du vêtement fini est très soigné. Des housses aux cintres, tout est signé de la maison, joli sans être d’un luxe somptuaire. Même la facture, au moment de la livraison, ressemble plutôt à un diplôme décerné au client qu’à un justificatif des ses dépenses de robe.

L'arrière boutique... accueillante.
L’arrière boutique… accueillante.

Pour finir, et puisqu’il s’agit d’un banc d’essai, j’ai tâché de noter de 1 à 5 quelques critères de jugement (1 : pas bon du tout, 2 : pas bon, 3 : moyen, 4 : bon, 5 : très bon).

 

  • Tissus : 4.
  • Patron des vestes : 5.
  • Patron des pantalons : 3.
  • Finitions : 4.
  • Retouches : 5 (si Julien s’y colle, qui me semble avoir un œil infaillible en la matière).
  • Prix : 3.
  • Accueil et service : 4.

 

Si on laisse à part ce dernier critère, qui entre en ligne de compte dans l’expérience d’achat mais pas dans le produit fini, on aboutit à une note de 24/30. Pas mal pour un si jeune entrepreneur ! Enfin, à la question de savoir si je suis partant pour une nouvelle commande, la réponse est Oui, sans hésitation.

Une réponse à “Scavini au banc d’essai

  1. Une revue qui change de celles de la plupart des blogueurs « professionnels », plus subjectives qu’autre chose. Des details reellement important pour la silhouette (la hauteur du rabat des poches …). Somme toute, le juste reflet de l’interesse, tout en rigueur honnete et enthousiaste !

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