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De l’usage du Baladeur

Nager à contre courant prend tout son sens quand j’explique mon aversion au baladeur. Par baladeur, entendons tout ce qui permet d’écouter de la musique dans un métro, à commencer par un walkman, un ipod, ou iphone quand il permet d’écouter de la musique, que sais-je encore. Je vois dans cet usage de la musique plusieurs chefs d’accusation.

La terrible solitude de celui qui écoute son Ipod

Le premier est le massacre de la musique. Ni Bach, ni Lady Gaga n’ont besoin d’être soutenus par le bruit d’un crissement des freins du tramway. On massacre donc la musique.  La parade qui consiste à se massacrer les oreilles en mettant le volume trop fort  n’est pas plus louable. Ce n’est donc par un prétendu goût de la musique que certains mélomanes ont adoptés le baladeur.

Le second chef d’accusation est l’insoutenable apathie que le baladeur crée. Un type dans le métro qui a des écouteurs sur les oreilles a fréquemment un regard bovin tourné vers les stations à venir. C’est exactement l’antithèse du gentleman curieux et ouvert, prêt à céder sa place une femme enceinte ou une personne âgée. Un baladeur congèle la vie, c’est une anesthésie cérébrale le temps d’un trajet de bus. On ne réfléchit plus à rien, on s’emploie à s’abrutir. Le problème du baladeur c’est son essence même : se créer une bulle pour se couper du monde et fuir l’ennui. Le gentleman n’a peur ni des autres, ni de l’ennui. En compagnie de son esprit, il n’est jamais vraiment seul. Quand bien même l’ennui poindrait, le gentleman aurait le courage de l’affronter, la prétention de croire pouvoir le vaincre. Penser l’inverse, c’est à mon sens  le pire affront que l’on puisse faire à l’élégance.

Un casque isolant peut éventuellement être la parade à la première accusation, mais il aggrave la seconde. L’ipod est donc non seulement un repli de soi, mais aussi un rempart contre les autres. Je n’ose jamais poser une question à un usager des transports publics branchés sur son baladeur.

Rappelons la devise du blog : « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances. » Sachons être courtois et disponibles pour tous ceux que nous croisons.

Article écrit par jacques

Catégories: Art de vivre, intemporel · Suggestions: , ,

17 commentaires pour "De l’usage du Baladeur"

  1. Guillaume dit :

    Excellent article sur un point de vue que je partage totalement. N’oublions pas que l’élégance passe aussi et surtout par le comportement et l’état d’esprit.

  2. damien dit :

    Article très intéressant comme toujours et qui laisse bien sûr à réfléchir, mais qui amène à une autre question selon moi:
    qu’en est-il du livre? Je lis en effet beaucoup, où que je sois, et notamment dans les transports.
    Ce n’est pas par ennui mais par pur plaisir, et s’il est vrai que l’on apprécie moins un livre dans les transports que dans le silence, il n’empêche que la lecture s’apparente à une activité de curiosité et de reflexion.
    Pour autant, il est vrai qu’ouvrir un livre nous ouvre un monde à part et nous coupe des autres, autant voire plus qu’un baladeur.
    Qu’en penser?
    Bonne continuation pour votre blog, que je lis tous les jours avec plaisir.

  3. Fabien dit :

    J’ajouterai que l’usage du baladeur présente également un risque beaucoup plus élevé pour son porteur lorsque celui-ci déambule dans la rue : il n’est absolument pas à l’écoute des bruits extérieurs, comme l’arrivée de voiture, vélos, bus.

    Il m’est arrivé (en voiture) d’anticiper ce genre de piéton qui ont été surpris (au milieu de la route, pas avant hein…) de voir une voiture arrêtée à 1m de lui.

  4. Guillaume dit :

    Damien, concernant le livre, j’aborderai deux points :
    - D’un point de vue appréciation de la lecture, c’est encore pire. Se concentrer comme il faut et apprécier un livre dans les transports en commun où règnent bruits assourdissants, bousculades et mauvaises odeurs est vraiment difficile et finit plus par saccager les passages lus qu’autre chose.
    - En revanche, vis à vis des autres passagers, c’est un comportement bien moins autiste à mon sens, puisque l’on reste tout de même ouvert aux autres voyageurs (là où la musique isole totalement), sans compter que c’est bien moins dérangeant pour l’entourage puisqu’on évite aux passagers d’avoir à subir (si les écouteurs sont mal isolés) de la musique.

  5. jacques dit :

    Cher Damien, cher Fabien, cher Guillaume,

    Merci de ces commentaires généreux et encourageants. Merci aussi de vos éclairages supplémentaires tout à fait intéressants.
    Pour la question du livre, je suis d’accord avec Guillaume, surtout pour le second point. On reste ouvert et disponible en lisant. En ce qui concerne l’appréciation de la lecture, je suis aussi d’accord. Je ferai simplement une petite nuance en fonction du contenu. On peut lire un magazine, des textes simples et courts sur des sujets que l’on maîtrise. Levi-Strauss est moins recommandé pour le métro quand on aborde l’anthropologie.
    Merci encore de vos participations.
    Respectueusement,

  6. Guillaume (un autre) dit :

    Le froid de l’hiver, les décorations de Noël… Quel bonheur pourtant, en cette saison, d’avoir Franck Sinatra ou Stan Getz pour accompagner nos promenades sur les avenues enluminées!

  7. ODE dit :

    Merci pour ce merveilleux site que je viens de découvrir! J’ai moi-même beaucoup de mal à subir les boum-boum des baladeurs autobussiens, mais j’avoue qu’il y en a tellement que la partie est perdue d’avance! Néanmoins il m’est arrivé d’aller demander poliment à une personne casquée de bien vouloir baisser sa musique… Jusqu’ici pas d’ennuis… Hier soir cependant, il était tard, j’étais la seule femme, et j’avoue ne pas avoir osé demander quoi que ce soit poliment à l’homme aux allures de tueur en série qui sonorisait littéralement tout le bus. J’aurais cependant aimé que le conducteur jouât son rôle…
    Je trouve personnellement que la lecture dans les transports en commun permet d’oublier agréablement les odeurs parfois peu agréables dont on est envahi dans ces lieux. Il permet d’échapper à la tristesse sidérale qui peut nous prendre au spectacle de tous ces gens totalement apathiques, sans pour autant nous rendre imperméables à l’éventualité d’une conversation sur le pouce, d’un regard amical, ou de l’écoute de conversations intéressantes, ce qui, tenez-vous bien, peut arriver!

  8. Dopple dit :

    Bonsoir !

    Bien que votre article contienne des vérités – que je ne suis pas en mesure de réfuter, je voudrais simplement soumettre mon avis : je crois que la musique, en créant la bulle qu’elle n’a d’autre but de créer, peut tout de même nous aider à réfléchir.
    Je ne prétend pas à l’élégance et j’avoue avoir et le mp3 et le casque, mais cela favorise ma pensée. J’ai quelques problèmes en effet avec les bruits extérieurs comme les voitures qui passent et les trains dont les freins crissent : je ne trouve rien de plaisant là-dedans…

    Ce n’est pas comme se balader en pleine nature ou tard (ou tôt) en ville. Comme l’écrit le rend mal, je pose une question mais ne fait aucun reproche : Cela ne vous gêne t-il pas du tout, les trains dont les freins crissent ?

    Par ailleurs, les gens s’adressent souvent à moi, malgré mon gros casque… Peut-être devriez-vous oser ? Car personnellement, j’enlève à ces occasions mon casque pour répondre.

    En vous souhaitant à tous une agréable soirée.

  9. Jean-Louis dit :

    Je n’aime pas les baladeurs non plus, j’ai une bonne raison : je suis producteur de concerts… En effet, le mp3 donne un son horrible à la musique, les baladeurs illustrent pour moi le nivellement par le bas.

  10. [...] montre en main, comme d’autres font un footing au jardin du Luxembourg avec chronomètre et Ipod. Je fais partie de ceux qui font l’effort de monter comme un spectateur qui se bat pour rentrer [...]

  11. Martin dit :

    Bonjour à tous.

    Je viens de découvrir le site, il est vraiment interéssant. Il me fait du bien d’autant plus que je viens de passer ma journée à lire des absurdités grossières et calmnieuses à propos de l’affaire DSK.
    En revanche personne n’a pu me parler pendant cette lecture. J’étais trop occupé à voyager dans ma bulle…
    Mon point de vue ne rejoins l’opinion générale.
    L’usage d’un baladeur nuit certes à l’échange, verbale ou non, avec autrui. Il esquinte également l’ouie, a fortiori avec des écouteurs intra-auriculaires. Néanmoins après une bonne journée de 10 heures, pendant laquelle je passe moi-même plus de la moitié à échanger verbalement avec d’autres individus, les quelques 40 minutes que je passe dans le métro pour rentrer chez moi sont un parfait sas de décompression. Et pour décompresser, j’aime écouter de la musique. Je choisis soigneusement la musique que j’écoute; je mets à jour régulièrement ma bibliothèque musicale pour découvrir de nouveaux morceaux. Il ne s’agit en aucun cas de me construire une petite cabane et ainsi d’échapper aux sollicitations des autres usagers.
    J’écoute de la musique parce que j’aime ça.

    Le point de vue des passionnés de musique valent le coup d’être pris en compte.
    Quant aux regards vides et bouches entrouvertes, ils sont inélégants qu’ils soient accompagnés d’un baladeur ou non.

  12. Benoit dit :

    Hello,

    Tout l’intérêt d’un baladeur ou d’un walkman est justement d’avoir la possibilité d’écouter de la musique à l’extérieur.
    Je trouve contrairement à toi que que cette technologie est d’une grande utilité.

    Prenant le métro tous les jours, je ne suis pour ma part pas convaincu que d’essayer d’entretenir un lien de proximité avec des gens qui font la gueule ou qui regardent leur pieds te fasse passer pour un gentleman.

    Et ne viens pas nous dire que tu entretiens de passionnantes conversations avec des inconnus dans le métro.

    Comme tout le monde, tu regardes passer les demandeurs d’emplois ou autres accordéonistes.

    Je pense simplement que tu en as assez de certains qui poussent le son de leur écouteurs un peu trop fort, suffisamment pour lâcher un coup de gueule…

  13. Kaopin dit :

    Bonsoir,

    Tout à fait d’accord avec Benoit !

    Le plaisir d’un morceau de musique compense parfois l’infinie tristesse des gares, des odeurs et des regards. Je prête même une vertu pacificatrice à mon baladeur les jours d’affluence et de grève …

  14. Andrei Caudray dit :

    Ca dépend de la musique qu’on écoute… Bach et Iron Maiden ont des effets sensiblement différents sur l’humeur !

  15. pripri dit :

    Mon dieu : un article intéressant, pas idiot sans se la jouer dialogue de Platon et des commentaires dans la même veine. Je pré-sens que je vais revenir faire un petit tour par ici.

  16. Mäsha dit :

    Charmant article d’un point de vue qui se défend.

    Quand je suis à Paris, j’ai toujours mes écouteurs sur les oreilles, pour exactement la raison que vous citez, me couper du monde! Il y a une raison à cela évidemment, je ne me coupe pas du monde de mes voisins qui sont de bonne compagnie ou des gens sympathiques à qui un sourire n’a pas l’air de passer les gencives au papier de verre, non non… Je me coupe des répliques que des goujats osent murmurer (oui il ne sont pas assez idiots ou trop lâches au choix pour prendre le risque qu’un galant soit avec moi), tous les jours, j’ai le droit à des « t’es bonne », « tu me s…? » et j’en passe, alors évidemment, à force, on met les écouteurs le plus fort possible, et on prend le regard absent que vous avez si bien décrit ^^.

    Je tiens à signaler que je n’ai mes écouteurs vissés à mes oreilles qu’en France! Quand je suis en Ecosse ou en Allemagne, je sors volontiers sans mes repousse emmerde*rs! Oui, chère France, pays de barbares… J’avoue cependant que ça me manque parfois les cris et les klaxons…

    Au passage, un gros remerciement pour ce blog, tout y est agréable à lire :)

  17. bigstop dit :

    Deux petites remarques:

    La chose la plus effrayante selon moi est que l’ambiance baladeur dans les oreilles avec la musique à fond est reproduite partout ! Il devient de plus en plus difficile de trouver des lieux (bars, pubs et même parfois restaurants) où le niveau sonore est compatible avec une conversation normale. J’évite ces lieux autant que possible mais j’ai passé il y a quelques années des soirées horribles à devoir suivre des relations dans de tels endroits. Impossible d’échanger, de parler, de discuter, d’apprendre à se connaître. Certains essayent d’hurler dans les oreilles du voisin en se postillonnant dessus réciproquement, la plupart restent silencieux. Est-une technique pour se meubler artificiellement lorsque l’on est absolument dénué de toute conversation?

    L’autre remarque est que s’il est un lieu où l’on peut excuser la volonté de se couper du monde, de se créer une bulle afin de s’évader, afin de ne pas subir les multiples agressions visuelles, sonores, olfactives, ou autre qui caractérisent ce lieu, c’est bien le métro. Lorsque j’étais contraint de prendre cet horrible transport pour aller étudier, je sortais systématiquement de mon trajet en métro éreinté, dépressif, suant et agoraphobe. Il serait grand temps de moderniser cette horreur. Ce serait bien plus efficace pour encourager les conducteurs d’automobile à prendre les transports en commun plutôt que de leur pourrir la vie en organisant artificiellement des embouteillages. Mais c’est un autre débat !

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