Les boutons de blazer roulent des mécaniques

Mes élégances a certes déjà consacré un article aux boutons de blazer, l’année dernière à la même époque (« Les boutons de blazer », 17 mars 2010). Mais le blazer, c’est un marronnier des beaux jours. Alors creusons le sillon, voulez-vous ?

Chacun aura pu remarquer que, dans la garde-robe masculine, les boutons souffrent peu l’originalité ou l’ostentation. Il est facile de résumer en peu de mots les canons en la matière : pour les vestes et les vestons, des boutons de corne exclusivement, assortis à la couleur du vêtement, c’est-à-dire le plus souvent ton sur ton ; pour les chemises et autres sous-vêtements, des boutons de la plus belle nacre ; pour le reste, cela importe peu, puisque les boutons restent le plus souvent cachés.

Le blazer pourrait donc n’être au fond qu’un prétexte de plus pour céder à la collectionnite, maladie bien masculine ! Car avec le blazer, tout change, il n’est plus question de discrétion, mais de boutons rutilants, souvent ornés, de surcroît. Attention toutefois aux boutons argentés, plus difficiles à porter, qui donnent facilement l’air triste, tendance comptable, et vieillissent prématurément ceux qui les portent. Les boutons émaillés, de couleur sombre, bleu marine le plus souvent, décorés d’une griffe que le fabricant croit bon de faire exhiber par son client, semblent, quant à eux, à proscrire, tant ils contredisent l’esprit et l’origine du vêtement. La maison Dunhill s’en est hélas fait une spécialité à une époque heureusement révolue.

Pour qui cherche une allure moins conservatrice dans le blazer, des boutons plus ordinaires, mais de couleur crème, constituent une alternative élégante et décontractée, popularisée ces dernières années par de bonnes maisons italiennes, puis parisiennes.

La double origine militaire et navale du blazer donne en fait quelques indications précieuses pour qui ne veut pas prendre le risque de s’écarter du bon goût. Puisque le blazer peut être considéré comme l’expression civile des vareuses des officiers de marine, on aura intérêt à n’investir sérieusement que dans  un vêtement croisé, boutonnant assez haut, de couleur bleu marine. Cela réduit le choix et les hésitations, tout le reste de la production pouvant n’être regardé que comme autant de concessions à la mode. Le blazer droit, avec ses poches plaquées, renvoie plutôt aux vestes d’uniformes des collèges britanniques, canotage et chapeau de paille, qu’aux vareuses militaires. C’est un blazer d’eau douce !

L’ennui, avec le blazer croisé, c’est que cela finit par faire beaucoup de boutons, et un budget conséquent. Au sujet du nombre de boutons, une tradition dont j’ignore exactement l’origine veut que les boutons des manches se portent en nombre impair. Pourquoi pas ? La taille desdits boutons joue en tous cas un rôle dans la silhouette générale : plus leur diamètre est important, plus la silhouette paraîtra sportive. C’est un peu comme dans le domaine automobile, avec le diamètre des roues : mettez des jantes de 17 pouces au lieu de 15, et vous verrez que la silhouette du véhicule change radicalement. Quand on vous dit que tous les détails comptent !

Trouver des boutons de grande taille est toutefois assez difficile. Mais vous pouvez toujours essayer… Pour bénéficier d’un vaste choix de boutons de blazer, rendez-vous dans les magasins anglophiles de la capitale, ou, mieux encore, à Londres. Du côté de Jermyn street, il existe même un boutique qui ne vend que des boutons de blazer ! Difficile de ne ressortir qu’avec un seul modèle d’un pareil lieu de perdition : l’acheteur passionné semble alors condamné à remplir ses tiroirs plus que sa garde-robe. Quant à ceux qui veulent sortir des sentiers battus, ils pourront tenter leur chance du côté des marchés aux puces pour dénicher un jeu de boutons de tel régiment disparu, ce qui leur permettra d’assommer leurs voisins de cocktail avec l’histoire et l’origine de leur trouvaille lors de la prochaine saison, de passer définitivement pour des snobs et de voir partir la femme de leurs rêves au bras d’un maître nageur moins boutonné.

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