Knize, Wien, Österreich

On y paie en euros, on y parle en allemand, on y chante dans toutes les langues du monde, pourvu qu’elles aient donné des livrets à l’opéra… Welcome to Vienna ! Vienne, Autriche, où une petite boutique, comme le village gaulois de la bande dessinée, résiste à l’envahisseur romain, voire napolitain. Car à Vienne, dans le triangle d’or local, autour du Graben, on s’habille beaucoup à la mode d’Italie, et les plus belles importations de la botte ont ici droit de cité : Marinella, Cesare Attolini, etc.

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En se promenant sur le Graben

Sur le Graben, donc, un étroit pas de porte, pris en sandwich entre les grandes enseignes du luxe international, révèle deux vitrines discrètes enfoncées dans de massifs blocs de marbre noir. N’était-ce le contenu des vitrines, on dirait la boutique d’un entrepreneur de pompes funèbres. Pourtant Knize (prononcez « Knijé ») ne signifie pas enterrement en hongrois du Jász-Nagykun-Szolnok. Non, en fait il s’agit plus simplement du nom de Joseph Kniže fondateur de la vénérable maison en 1858. Laquelle, avouons-le, a connu son heure de gloire il y a déjà longtemps, quelque part entre le deux guerres mondiales.

Mais assez patienté devant la vitrine, il convient d’entrer, de laisser derrière soi les petits espaces encombrés du rez-de-chaussée pour gagner l’étage, découvrir le merveilleux décor conçu par l’architecte Adolf Loos en 1913 et s’en émerveiller comme des générations de clients avant soi, et comme désormais les touristes et les bloggers (d’ailleurs Knize a déjà fait l’objet d’une publication dans ces pages mais quand on aime…). A propos d’Adolf Loos, on peut relever qu’il a écrit un grand nombre d’articles sur le thème du vêtement et de la mode, rassemblés dans un traduction en français parue chez Grasset en 2014[1]. La conception d’une boutique de mode l’aura vraisemblablement inspiré.

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Le second salon, à l’étage de la boutique, avec son fameux cheval, utile pour l’essayage d’une veste d’équitation

Revenons à nos moutons et au premier étage de la maison, moquetté de vert comme un pâturage de Koloman Moser. Du côté des produits, le luxe des matières suffit au bonheur du client, et la collection de tricots est à cet égard édifiante. A la coupe des vêtements plus habillés, en prêt-à-porter, il manque peut-être un parti-pris stylistique qui les tirerait d’un conservatisme prudent. Pour compléter l’offre, de très beaux accessoires ont roulé depuis les meilleurs sources avant de sédimenter sous les vitrines de bois patiné dont la main des vendeurs ne demande qu’à les tirer pour le plus grand plaisir du chaland. On pense un instant à feu Old England, à Paris, ou encore à la maison Charvet, mais en moins brillant et en plus poussiéreux. En somme, on se sent comme en visite chez un cousin de province de Charvet.

Le parfum emblématique de Knize. Son nom, Ten, est déjà un clin d'oeil au polo, bien avant Ralph Lauren
Le parfum emblématique de Knize. Son nom, Ten, est déjà un clin d’oeil au polo, bien avant Ralph Lauren

Comme il a déjà été question de Knize dans ces pages, je vais me concentrer aujourd’hui sur leur gamme de parfums, intéressante quoique réduite, ou plutôt sur LE parfum star de la maison, et sur son flanker, à savoir respectivement Knize Ten et Knize Ten Golden Edition.

Knize Ten, lancé dans les années 1920, était le seul produit de la gamme encore un peu distribué à Paris il y a quelques années. Enfin, « distribué » est un grand mot. Disons qu’en cherchant bien, on pouvait encore le trouver. Désormais, il ne reste qu’un seul distributeur, au numéro 1 de l’avenue Matignon, mais il fait bien son travail et distribue également les autres parfums pour hommes de la maison : Ten Golden edition, Forest, Sec et Two. L’avantage de la boutique viennoise, c’est que toutes les tailles de contenants y sont disponibles, ainsi qu’un large choix de produits de soins.

Les notes de tête de Knize Ten sont plus fraîches que la réputation du parfum le laisse penser, explosion de notes herbacées, puis florales, qui s’approche parfois dangereusement du désodorisant. La note de fond, qui domine assez rapidement, donne dans le cuir viril, voire brutal, qui peut virer au caoutchouc sur certaines peaux (la mienne) : c’est l’effet « pneu Michelin » décrit par certains. Dit comme ça, on a envie de tourner les talons, pourtant ce parfum comme-on-n’oserait-plus-en-fabriquer conserve quelque chose d’envoutant. En détail, voici la pyramide olfactive :

– Note de tête: Bergamote, Petit- Grain, Romarin, Orange

– Note de cœur: Jasmin, Rose, Géranium, Iris, Cannelle, Bois de Cèdre.

– Note de fond: Notes de cuir, Bois de Santal, Patchouli, Vanille, Musc.

Le premier salon, à l'étage de la boutique
Le premier salon, à l’étage de la boutique

Knize Ten Golden Edition, lancé en 2000, se veut une ré-interprétation de Ten à l’occasion du 75ème anniversaire de l’original. C’est une magnifique réussite ! Heinz Gottschalk et Vincent Roubert ont retravaillé la composition « avec des notes de bergamote, orange, petit grain, de romarin, de citron, de géranium, de cèdre, de santal, d’iris, de rose, d’œillet, de cannelle, de cuir, de musc, de mousse, d’ambre gris, de vanille et de castoréum. » What else ? Pour faire court, disons que les amateurs du mythique Tabac blond (Caron) ne seront pas dépaysés.

[1] LOOS Adolf, Comment doit-on s’habiller ? éditions Grasset, Collection Cahiers Rouges, PARIS 2014, traduit de l’allemand (Autriche) par Anatole Tomczak. L’éditeur français aurait pu l’intituler Mes élégances, mais c’était déjà pris.

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