L’écharpe dans tous ses états

Comme il a changé en dix ans, le paysage de l’écharpe qui s’enroule autour de nos cous fragiles de citadins frileux ! Dans les année 1980 et 1990, l’écharpe se résumait chez les détaillants à un modèle en cachemire ou en laine, proposé dans une palette de couleurs souvent réduite, et seulement complété par deux ou trois modèles à motifs plus décontractés, fondés sur des tartans fantaisies. Mais petit à petit l’offre s’est étoffée, la soie est revenue en force, et les fabricants ont puisé dans les archives pour proposer des associations de matières, mariées ou combinées jusqu’à l’explosion actuelle, qu’on peut saluer à la fois comme un revival et un vrai progrès, en même temps qu’une réussite commerciale.

Mais ça, c'était avant...
Mais ça, c’était avant…

 

Quel fut le déclic ? Peut-être la mode du chèche a-t-elle déclenché quelque chose. Il y a quelques années, il n’était porté, dans la garde robe masculine, que par les vrais ou faux baroudeurs bronzés douze mois par an, et les sympathisants d’extrême droite nostalgiques des régiments de spahis et de l’Afrique du nord française. Il s’est largement répandu depuis lors. En lin ou en coton, il offre une protection agréable dans le matin frais des premiers beaux jours, aussi bien que dans les tempêtes de sable, assez rares le long de la Seine, il faut l’admettre. Les femmes l’adorent ! Enfin, elles l’adoraient encore la saison dernière…

Avec ces nouvelles matières et ces nouveaux tissages sont bientôt apparues de nouvelles couleurs, et des motifs parfois excentriques. La mode féminine, elle, était déjà passée par là. A ce propos, on peut noter que l’écharpe semble un exemple rare, voire unique, d’emprunt par les hommes au vestiaire féminin. La richesse de l’offre, les femmes la connaissent déjà depuis longtemps en matière d’écharpes, déclinées en carrés, foulards, etc. D’habitude ce sont les femmes qui chipent les vêtements du sexe opposé pour les adopter finalement, mais dans le cas de l’écharpe l’emprunt s’est partiellement effectué dans l’autre sens et désormais la variété des couleurs, des motifs, des matières caractérise les écharpes distribuées tant au rayon hommes qu’au rayon femmes.

... Avant le déferlement.
… Avant le déferlement.

En parlant de variété, on a même vu des écharpes en « gaze de coton » ces dernières saisons. Ca fait-y vendre, ça, la gaze de coton[1] ? Cela me fait un peu penser aux urgences hospitalières, rayon grands brûlés. Compte tenu de la méconnaissance des termes techniques liés à la filature chez nos contemporains, cela me fait surtout penser à cette tendance, dans les cartes des restaurants, à travailler plus du lexique que du poêlon. Nous avons tous lu un jour une de ces cartes prétentieuses et absconses, dans lesquelles le nom du plat ou sa description vous éloignent de sa compréhension. Un plat, un tissu amphigouriques se vendent-ils donc mieux ? Pas sûr, mais, en attendant les résultats d’une enquête à ce sujet, je vote des deux mains pour la légèreté vaporeuse de l’étamine de laine (aussi parfaite pour se protéger de la fraîcheur du matin que pour passer le bouillon du soir).

Gros plan sur quelques soies légères.
Gros plan sur quelques soies légères.

On s’emballe, on s’emballe, mais il faut savoir raison garder lorsque les frimas deviennent si froids que la température franchit le zéro Celsius dans le mauvais sens, et revenir alors au cachemire simplement épais et douillet, peut-être adopter un double face pour changer un peu, et parce qu’un bon fournisseur de mi-bas en distribue de fort beaux depuis peu[2]. Peut-être même se ruiner pour une de des étoles en cachemire roulottées à la main, dont Robert Kerr a fabriqué quelques exemplaires la saison passée.

Autrement dit, la saison de choix pour se lover dans les replis vaporeux de l’étamine de laine, c’est la demi-saison[3], où la luxuriance des soies imprimées peut aussi s’exprimer sans réserve. Là, entre deux averses, entre le les cols du pardessus et du veston, les écharpes bariolées d’hier et d’aujourd’hui s’expriment à merveille dans leur splendeur pratique.

Une bien jolie rareté : un tube en soie de la maison Lanvin, datant probablement des années 1960.
Une bien jolie rareté : un tube en soie de la maison Lanvin, datant probablement des années 1960.

 

 

 

 

 

[1] Le dictionnaire Larousse nous dit : « Étoffe légère et transparente, de coton ou de soie, employée dans la mode ou la confection. »

[2] Trêve de suspens, je veux parler de Mes Chaussettes rouges !

[3] Comme le dit le proverbe : Avril, ne te découvres pas d’un fil. Mars, n’y pense même pas

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