A la fin de l’envoi, je retouche !

Nous avons déjà insisté dans ces lignes sur l’importance d’un bon cordonnier. Aujourd’hui, intéressons-nous à l’importance du retoucheur. Les retoucheurs sont nombreux à Paris, leurs boutiques plus ou moins spacieuses et avenantes selon le quartier et le chaland. Ils offrent au client une proximité avec la production qu’on a perdue dans la grande ville, où les derniers ateliers de confection cultivent dans le Sentier une discrétion sur cour. Ici au contraire, la machine à coudre est presque sur le comptoir, on tire l’épingle entre deux clients, à côté de la cabine d’essayage.

Aspen Couture, à deux pas de la Maison de la radio
Aspen Couture, à deux pas de la Maison de la radio

D’origine variée, le fondateur peut être un ancien tailleur qui ne trouvait plus assez de commandes dans son domaine d’élection ou un couturier plus modeste (dans ce dernier cas, par un mystère des diasporas, le retoucheur est turque, comme le cafetier est aveyronnais). Peu importe, seul le résultat compte. Et il faut reconnaître que la difficulté dans le choix de son retoucheur vient de l’extrême variété dudit résultat. Si les mauvais tailleurs semblent avoir disparu à l’occasion du rétrécissement du marché, il reste encore de la place pour de mauvais retoucheurs. Pour dépasser les limites du bouche à oreille dans le choix de son fournisseur, il peut être utile d’entrer dans l’atelier au préalable pour regarder de près non seulement le travail en cours mais aussi les vêtements confiés à l’artisan, qui peuvent donner des indices, au moins et a priori, sur le niveau d’exigence de la clientèle.

Vestes et vestons sur un portant... Il ne faut pas hésiter à regarder au préalable le travail en cours chez un retoucheur à qui l'on envisage de confier un vêtement
Vestes et vestons sur un portant… Il ne faut pas hésiter à regarder au préalable le travail en cours chez un retoucheur à qui l’on envisage de confier un vêtement

En tout cela, le marché de la retouche fait penser à celui du pressing, même si celui-ci a connu en France un léger phénomène de concentration ces dernières années. Comme d’un bon blanchisseur, on a toujours besoin d’un bon retoucheur près de chez soi : on passe chez lui comme un automobiliste chez le garagiste, lorsqu’il n’a pas le loisir de se rendre chez le concessionnaire. En effet, alors que son tailleur interviendrait à titre gratuit, on préfère souvent économiser l’aller et retour encombré chez ce dernier au profit d’un plus court chemin, d’une intervention rapide, qu’il s’agisse de recoudre une boutonnière ou de changer une talonnette.

Autre raison, plus nécessaire, de faire appel au retoucheur : un vêtement, acheté en prêt-à-porter, à la va vite, il y a quelques saisons, fait sentir ses limites et demande un ajustement dont le besoin ne s’était d’abord pas imposé, soit qu’on ne l’eût pas vu, soit qu’on ne l’eût pas jugé utile. Nous avons tous dans notre garde robe ce genre de vêtement dont nous nous disons chaque année : Quand j’aurai un peu d’argent à y consacrer, j’en passerai commande chez mon tailleur…

Le patron, l'oeil plissé par la malice, à moins que ce ne soit par la fatigue
Le patron, l’oeil plissé par la malice, à moins que ce ne soit par la fatigue

 

Mon retoucheur est situé à 150 mètres de mon domicile à vol d’oiseau, et doit une certaine renommée dans le landernau de l’élégance masculine au fait qu’il est le retoucheur attitré d’un célèbre blogueur, j’ai nommé Adriano Dirnelli. A l’attention des amateurs de vintage et autres chasseurs de bonnes affaires, signalons que ce dernier dépose de temps en temps une partie de sa garde robe à vendre chez son retoucheur. Je témoigne que, même si elles ne m’intéressent pas directement, les pièces mise en vente valent généralement le coup d’œil.

Ce retoucheur, c’est Aspen Couture[1], fondé en 2012 et situé non loin de la Maison de la radio, à Paris. Le patron de cette petite affaire, Necati Gurer, et ses salariés ne chôment pas dans leur minuscule atelier de la rue La Fontaine, et il n’est pas rare de voir leur porte ouverte un dimanche. J’ai recours de façon régulière aux services d’Aspen Couture. Necati m’écoute alors en souriant et en plissant les yeux plus encore que d’habitude, avant d’abréger mes fastidieuses explications : « T’inquiète pas, j’ai compris ce que tu veux ». Je m’inquiète quand même et parfois j’ai l’impression que tout ce que j’ai dit n’a pas été compris, que mes consignes sont vaines, que la barrière de la langue demeure aussi peu franchissable que le mont Ararat. Mais le miracle se renouvèle à chaque fois : le résultat correspond bien à ce que je voulais. Chapeau bas, messieurs les retoucheurs !

 

Les hommes de l'art au travail
Les hommes de l’art au travail

 

[1] Aspen Couture, 8 rue Jean de la Fontaine – 75016 Paris

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