Le dernier des plumassiers (ou presque) : Lemarié

Certains métiers disparaissent à cause du progrès technique. Ainsi, depuis l’invention du congélateur, plus personne ne songe à ramener d’immenses morceaux de glace par bateau pour les monarques d’Afrique du Nord en manque de rafraichissements. D’autres métiers d’artisan disparaissent, non pas à cause du progrès technique, mais parce que la demande diminue presque inexorablement ou parce que les lois changent, souvent pour les deux raisons à la fois.

Depuis la convention de Washington, qui limite l’usage des plumes d’oiseaux dont on ne mange pas la chair, l’honorable profession de plumassier a presque totalement disparue. Totalement ? Non. Un invincible gaulois résiste à l’envahisseur du tout-plus-simple-et-plus-pratique. C’est Monsieur Lemarié. Ni la Star Académie, ni Arcelor ne taillent autant dans leurs effectifs : sur les 277 plumassiers en France en 1946, il n’en reste qu’une poignée aujourd’hui. Lemarié fait partie de ces résistants avec la maison Février. La maison février, travaille aussi avec des couturiers, mais s’est spécialisé sur une niche, celle des plumes pour cabaret. La maison février travaille pour tous les plus grands, le Lido, le Moulin Rouge, les Folies Bergères, j’en passe et des meilleures.

Une robe de mariée par Yves Saint Laurent faite de plume

Sur commande de grands couturiers, le plumassiers Lemarié réalise tantôt pour Pierre Balmain une jupe en autruche frisée, tantôt pour Mugler des plumes plus agressives avec du héron ou des plumes de coq pour une robe du soir ou une merveilleuse robe polychrome qui clôturait une de ses collections. Chanel se sert des plumes pour faire un pyjama d’une blancheur immaculée, quand Yves Saint Laurent mélange soie et autruche. Lemarié a également réalisé une tenue pour Givenchy avec une superbe mosaïque très colorée faite de plumes de faisans, talons assortis. Bref, il serait vain de décrire tout le travail de cet artisan courageux, ouvrier de la légèreté.

Il est le seul a encore disposer de plumes de paon, d’aigrette, d’oiseau du paradis, de cygne, de lophophore ou de vautour puisque ces espèces sont maintenant protégées. Il est aussi le seul à savoir les laver, les affiner, les ébarber, les friser, les crosser, les effiler pour les assembler enfin. Aujourd’hui, en sus de son activité de plumassier depuis 1880, le roi des smocks et de la collerettes travaille aussi les camélias. Chanel lui en commande 25000 pièces par an.

Enfin Monsieur Lemarié travaille aussi pour la tenue cérémonie en réalisant, par exemple, pour le tailleur Alain Stark et un casquettier, le bicorne des ambassadeurs de France en Angleterre. Ce bicorne parachève l’uniforme de celui qui doit, aujourd’hui encore, doit être costumé pour apporter ses lettres de créances à la Reine d’Angleterre afin de recevoir son accord, nécessaire à la prise du poste. La boutique de Monsieur Lemarié est au 103 rue du faubourg Saint Denis à Paris.

Un bicorne avec des plumes d'autruche frisées et teintes

Une réponse à “Le dernier des plumassiers (ou presque) : Lemarié

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *