Un match de saison : 180 vs. 150

Lorsque j’ai acheté mes premières écharpes, on ne trouvait qu’une seule taille, une seule longueur, autour de 150 cm. Ce qui signifie que, pour le client d’une taille normale que je suis, les pans de l’écharpe, une fois celle-ci passée autour du cou, retombaient le long du corps jusqu’au bassin. Lorsque la température devenait négative, très négative, il m’arrivait de faire un nœud pour mieux protéger la base du cou.

Mais la plupart du temps, je porte l’écharpe sans la nouer, les pans serrés par le pardessus ou l’imperméable qui accompagne la mauvaise saison. Et s’il fait assez chaud pour sortir en veston de ville, alors il fait assez chaud pour sortir sans écharpe. Non ? A la rigueur un foulard pour quelques délicats, mais c’est une autre histoire.

Seulement voilà, il paraît que les français ont coutume de nouer leur écharpe. Le nœud en question se présente comme une sorte de boucle, dont l’origine doit se trouver quelque part entre la marine à voile et le gibet : on ramène devant la gorge la partie centrale de l’écharpe pliée par le milieu, avant d’y passer les deux pans enroulés autour du cou. C’est ce que les écrivains anglo-saxons baptisent le French loop. Bon, rien à redire, le résultat peut même présenter une certaine élégance, faite de nonchalance pratique : le nœud reste lâche, j’ai chaud, je suis beau. OK, OK.

Maintenant, imaginons que le French man fasse des courses, qu’il prenne un taxi ou les transports en commun, qu’il entre et sorte ici ou là. Que fait-il s’il ne veut pas attraper un chaud-et-froid ? il dessert le nœud de l’écharpe. Et là… quelque chose cloche : il doit la laisser au vestiaire, la tenir à la main, ou bien il a l’air de porter une chèvre sur les épaules.

Il n’empêche que la mode semble avoir contaminé assez de clients pour que les fabricants et les distributeurs ne proposent plus que des écharpes longues, d’environ 180 cm, ou 72 pouces si vous préférez, parfaites pour porter un French loop, mais qui, portées plus simplement, vous tombent à hauteur des cuisses. Au mieux, vous ressemblez à Alec Guinness dans The Lady killer, et dans tous les cas de figure vous paraissez plus petit que votre taille, ce qui est en général le contraire de l’effet recherché par tous ceux qui mesurent moins de 2,10 mètres. Et ceci encore : vos mains s’empêtrent dans les pans de l’écharpe dès que vous cherchez quelque chose dans vos poches de pantalon.

Halte au feu ! le lecteur magnanime aura pardonné mon militantisme scrogneugneu, mon c’était-mieux-avantisme, mais je ne voudrais pas finir sur une note négative. Alors, c’est promis, puisque c’est encore la saison des vœux, quel que soit le prochain sujet traité (Comment ? Qui a dit : Les écharpes en vigogne ?), je l’aborderai pour en dire du bien.

Une réponse à “Un match de saison : 180 vs. 150

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *