Robert Kerr… On dirait Sulka !

Les fort beaux produits fabriqués depuis 2013 sous la marque Robert Kerr, à Paris, rappelleront aux plus anciens les accessoires de la vénérable maison Sulka, distribués autrefois chez ce chemisier américain installé rue de Castiglione à quelques emmanchures de la place Vendôme, où ses ateliers employaient quelque 400 salariés entre les deux guerres. Ils se distinguent d’abord en effet par le très grand classicisme des tissus et des motifs, mais un classicisme opulent, jamais ennuyeux, qu’on a au contraire l’impression de redécouvrir. Ils se distinguent ensuite par le niveau élevé de leur fabrication et de leur finition, et on retrouve sur les cravates une piqûre très particulière, que jusqu’à aujourd’hui je n’avais vue que sur les cravates Sulka. Répondant au col de chemise, elle a probablement pour rôle de stabiliser la triplure, et ne se rencontre plus guère sur le marché de nos jours.

Quelques accessoires pour hommes, à la parade
Quelques accessoires pour hommes, à la parade

Parfois Robert Kerr va un peu loin dans le souci du détail pour le détail (certain bouton de nacre au revers d’une cravate sept plis ne me semble pas indispensable), mais comme le plus souvent ce détail est masqué, le client ne risque pas d’avoir l’air tout droit sorti de la dernière édition du Pitti uomo. Et puisqu’on parle de souci du détail, le packaging se tient très au-dessus du lot commun, votre serviteur est emballé…

 

Mais d’où vient cette jeune marque ? Voyons, Robert Kerr est un naturaliste et un écrivain britannique, né en 1755 dans le Roxburghshire et mort le 11 octobre 1813 à Édimbourg. Non, pas le bon… Robert P. Kerr, de son vrai nom Robert Perry Kerr, est un réalisateur, acteur et scénariste américain né le 9 octobre 1892 à Burlington (Colorado)1 et mort le 5 septembre 1960 à Porterville (Californie), d’une infarctus du myocarde. Non plus. Robert Samuel Kerr (September 11, 1896 – January 1, 1963) was an American businessman from Oklahoma. Kerr formed a petroleum company before turning to politics. He served as the 12th Governor of Oklahoma and was elected three times to the United States Senate… Wrong ! Pas plus de chance dans la langue de Shakespeare.

Quoi encore ? Pêle-mêle, Robert Kerr est un architecte anglais, un écrivain et une poignée de lords écossais, un compositeur américain, un athlète canadien, un footballeur australien… On aurait pu intituler cet article « A la recherche de Robert Kerr », et on se serait éloigné de beaucoup de celui qui est à l’origine de cette nouvelle marque d’accessoires de mode, à savoir feu Robert Kermabon (1921-2009), le grand-père de l’un de ses deux co-fondateurs. Lequel Robert Kermabon a œuvré comme master tailor dans la maison Hogg’s & Son à Londres. Voilà pour le désormais indispensable story telling.

 

A la recherche de Robert Kerr, c’est aussi la démarche qui attend celui qui veut voir de ses yeux et toucher de ses mains les produits maisons. Car, si Robert Kerr est facile à trouver sur les autoroutes du web, il est plus furtif dans les rues de la capitale. Les boutiques éphémères se succèdent, et je ne suis pas sûr à l’heure où j’écris ces lignes de pouvoir indiquer un point de chute, comprenez un point de vente, où se rendre à coup sûr. Le mieux est de jeter un coup d’œil à la page Facebook de Robert Kerr avant de partir battre le pavé, elle est en effet régulièrement mise à jour des ouvertures de lieux de vente éphémères.

Or le déplacement vaut la peine, car certaines qualités[1] des produits Robert Kerr ne peuvent se révéler tout à fait à l’écran. Ainsi les cravates en ancient madder sont-elles d’une surprenante finesse, là où nombre de concurrents proposent des tissus épais, jolis mais difficiles à nouer. Ainsi la sensation éprouvée au contact des écharpes en cachemire de Mongolie, roulottées à la main, fabriquées en série très, très limitée pour Dormeuil, est-elle rien moins que sublime.

Une piqûre résolument vintage.
Une piqûre résolument vintage.

Enthousiasmé par la courte gamme d’accessoires que j’ai pu admirer il y a quelques mois, j’ai acheté une cravate, une de plus, et d’un motif que j’avais déjà dans ma garde robe, voyez le vice ! Au moins ma mie pourra-t-elle me reprocher à bon droit d’acheter « toujours la même cravate ». Il s’agit d’une cravate bleue en twill de soie, imprimé pois. Archi-classique, archi-réussie ! [2]Avec de tels produits, la marque Robert Kerr peut espérer trouver sa place sur le marché des accessoires masculins.

 

On peut seulement redouter pour ses fondateurs qu’ils n’arrivent après la bataille. Ils nous offrent en effet aujourd’hui une variation de grande qualité sur des thèmes explorés par d’autres maisons pointues avant eux (citons Drake’s, de l’autre côté de la Manche). Espérons, compte tenu de la beauté du travail, que le chaland se laissera convaincre de mettre la main à la poche (profonde, on l’aura compris) pour acquérir par exemple une-sublime-écharpe-de-plus, imprimée de motifs cachemire, ou encore un panama, puisque ce dernier entre dans la collection au bon moment pour saluer la venue de l’été.

Un motif largement paisley, une écharpe largement désirable...
Un motif largement paisley, une écharpe largement désirable…

 

 

 

[1] Le prix, lui, est bien visible en ligne, et il est assez élevé.

[2] En prime, avec une longueur de 148 cm, ce qui reste dans les limites du raisonnable, votre cravate ne se transformera pas en cache-sexe si vous nouez un simple four-in-hand autour du cou.

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